La fabrication des icônes, ou iconographie

L’icône est un art sacré pour l’Église, un objet de vénération qui est spécifique à l’Église orthodoxe en tant que symbole de la résurrection.

Bien qu’elle soit de tradition chrétienne, définie et vénérée avant le schisme entre le catholicisme et l’orthodoxie en l’an 1054, la présence de l’icône, dans les églises et temples orthodoxes ou encore dans les maisons, représente un objet central dans l’orthodoxie et avec lequel on manifeste une relation particulière.

L’icône : vénération des Saints

L’icône est un art sacré pour l’Église, un objet de vénération qui est spécifique à l’Église orthodoxe en tant que symbole de la résurrection. Elle représente plus précisément le visage d’un Saint, d’un Ange ou du Christ, comme symbole de la vie après la mort. Bien qu’elle soit de tradition chrétienne, définie et vénérée avant le schisme entre le catholicisme et l’orthodoxie en l’an 1054, la présence de l’icône, dans les églises et temples orthodoxes ou encore dans les maisons, représente un objet central dans l’orthodoxie et avec lequel on manifeste une relation particulière. L’icône est destinée à être vénérée par les fidèles, dans le cadre liturgique de l’église, ou dans le cadre privé de la maison, "l’église domestique" selon Saint-Jean-Chrysostome (LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.. Les chrétiens orthodoxes prient et vénèrent les Saints représentés sur les icônes : on s’incline, on se signe, on embrasse l’icône, non comme adoration, mais en tant qu’hommage au prototype divin. On allume des cierges et on peut la porter en procession. À travers cette relation avec l’icône, les orthodoxes tissent des liens célestes avec le monde invisible : l’icône est un support pour la prière, qui aide l’âme, par mimétisme, à acquérir de bonnes dispositions et aussi à se concentrer et à s’élever. La forme particulière qu’elle revêt permet au fidèle d’entrer spirituellement en relation avec la personne représentée et de recevoir la grâce dont elle est porteuse. Cette grâce imprègne parfois tellement l’icône que des signes miraculeux se produisent : dans le monde orthodoxe, beaucoup d’icônes exsudent une huile parfumée, le myrrhon, manifestation visible de la "bonne odeur du Christ" et de Ses Saints, et à leur contact s’accomplissent des miracles de toute sorte (LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.).
L’icône exprime avec des formes et des couleurs les mêmes réalités que les Saintes Écritures, les conciles, écrits des Pères de l’Église et les Vies des Saints expriment avec des mots. Celle-ci a une fonction à la fois théophanique – révélation du divin – et catéchétique ; l’iconographe a donc une grande responsabilité par rapport à la Vérité qu’il transmet et par rapport à ceux qui la recevront (LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.). Chez les Serbes, l’icône est aussi un objet central dans le cadre de la Slava, une tradition où l’on fête le Saint-Patron des familles1.

Il n’existe pas de différence réelle entre les icônes grecques, russes ou serbes, celles-ci ayant toutes le même sens théologique. Toutefois, chacune a, par son esthétisme et sa technique artistique, une âme particulière d’origine culturelle. De plus, des spécificités apparaissent dans le choix des Saints, ceux-ci étant plus représentés dans certains pays que d’autres. Dans la communauté serbe de Paris, on vénère davantage Saint-Sava, fondateur de l’Église serbe dont l’église porte le nom, Saint-Siméon, le père de Saint-Sava, roi de la dynastie royale à laquelle appartenait le peuple serbe et devenu moine après la démarche première de son fils, les frères Cyrille et Méthode, ayant grandement contribué à la christianisation des Serbes au IXe siècle, ainsi que certains Saints associés aux familles, par exemple Saint-Michel et Saint-Nicolas, qui sont les plus représentés comme Saint Patrons dans la Slava.

L’iconographie serbe

Développée avec la tradition byzantine aux XIIIe et XIVe siècles, l’iconographie serbe ancienne est l’une des plus fameuses du monde orthodoxe. Les fresques et les icônes des monastères de Mileševa, Morača, Sopoćani, Studenica, Ziča, Gračanica, Peć et Dečani sont particulièrement célèbres. L’iconographie a continué à s’exprimer sous la domination turque qui a affecté cette région géographique dès la deuxième moitié du XVe siècle, mais elle s’est détachée peu à peu, aux XVIIIe et XIXe siècles, des canons traditionnels avec l’influence de l’art occidental. On observe, depuis la seconde moitié du XXe siècle, la restauration du style traditionnel byzantin et russe avec l’influence de certains iconographes2. Le renouveau de l’iconographie traditionnelle, d’abord imposé en Grèce en commençant par les monastères du Mont-Athos, a gagné la Serbie et les contrées avoisinantes. Les peintres actuels redécouvrent l’iconographie serbe des siècles passés dans laquelle ils puisent leurs modèles, dans le même esprit, avec les mêmes techniques et les mêmes matériaux que les anciens iconographes, tout en ajoutant des particularités culturelles qui marquent aussi les autres composantes de l’art sacré (LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.).

L’iconographe et son savoir-faire

Le savoir-faire de l’iconographe est particulier, car il ne s’agit pas ici uniquement de maîtriser une technique artistique, mais de transposer sur une planche de bois la sainteté d’un personnage et de créer un lien personnel entre le Chrétien et Dieu : L'icône est, selon la tradition orthodoxe, "un témoignage sacré de la présence divine".
L'icône n'est pas un tableau de peinture, ou une oeuvre d'artiste appartenant à une École bien définie dans l'espace et dans le temps et comme telle ne doit être ni "datée" ni "signée". Elle n'appartient pas à notre monde éphémère et mortel mais à celui de la Jérusalem céleste. C'est la raison pour laquelle une icône orthodoxe est parfois appelée "acheiropdïète" c'est-à-dire "non faite de la main d'un homme". (SARAFOGLOU Nicolas, 1993. Synaxe, no 23, janvier-février-mars, extrait cité dans "Les sept conciles oecuméniques", en ligne.)
Même si l’icône peut exprimer les capacités artistiques et le talent de celui qui l’a réalisé, l’iconographe n’est pas un artiste, mais un « serviteur de l’Église qui n’a d’autre but que d’exprimer la foi avec vérité et beauté » (LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.). Le travail de l’iconographe est ainsi indissociable d’une vie liturgique régulière et d’une ascèse personnelle continue : les premières qualités dont il doit faire preuve sont l’obéissance à l’Église et l’humilité devant Dieu, la Mère de Dieu et les Saints. Il doit avoir le cœur et l’esprit purs et avoir de l’amour pour ceux qu’il représente.
L’iconographe a recours à des éléments historiques de la vie des personnages qui ont été décrits alors qu’ils étaient sur Terre. Ces caractéristiques, transmises d’abord par l’oralité, puis ensuite écrites par les iconographes dans les livres appelés podlinik (en russe), sont représentées dans les icônes.
Pour "écrire3" une icône, l’iconographe doit se préparer spirituellement et conserver cet état d’esprit au cours de la réalisation. Celui-ci peut, par exemple, effectuer un carême de quelques jours avant le début du travail artistique ou encore prier et réciter des psaumes pour permettre l’échange avec le monde invisible, car on est convaincu, lors de la réalisation d’une icône, que le Saint est près de nous. Il existe d’ailleurs une prière de Saint-Luc écrite pour les iconographes. On peut aussi prier pour les personnes pour lesquelles on peint l’icône ou penser en cours de réalisation à l’endroit où sera déposée l’icône si on souhaite l’offrir à une église ou à une personne. On lit des prières quotidiennes au Saint qu’on peignera et on se documente sur sa vie terrestre afin de mieux connaître son parcours spirituel, d’établir une relation avec lui et de pouvoir le décrire par des traits physiques et des symboles permettant de le reconnaître facilement ensuite. C’est ce qu’on appelle les "caractéristiques" d’un Saint. En commençant à peindre l’icône, on peut invoquer l’Esprit Saint, car l’iconographe s’en remet à Dieu pour qu’il écrive l’icône à travers lui.
L’iconographe utilise différents matériaux pour réaliser une icône : il peint sur du bois très sec d’essence de tilleur, de peuplier, de bouleau ou de cyprès habituellement, mais peut aussi utiliser du contreplaqué. Le bois est ensuite recouvert d’un tissu rappelant symboliquement le linceul du Christ, ainsi que de plusieurs couches de colle faite de peau de lapin et d’un enduit de Blanc de Meudon. On peint l’icône avec des pigments de terres basiques, d’oxydes et de pigments de synthèse, à l’aide de pinceaux de bonne qualité, en poil de martre préférablement. Le médium permettant de fixer les couleurs est une émulsion à base d’œuf, d’eau et de vinaigre, qui est mélangé aux pigments lors de la réalisation artistique. Par les différents composants utilisés, l’iconographe rassemble ainsi les règnes animal, végétal et minéral, de manière à rendre grâce à Dieu et à la Création.
L’écriture d’une icône est réalisée en différentes étapes, entre lesquelles il faut laisser sécher les couches de couleurs. La première étape consiste à préparer le bois sur lequel on peignera l’icône. On entoile d’abord le bois pour ensuite y appliquer entre 12 et 15 couches
d’enduit. Il faut, entre chaque couche, poncer le bois pour lui donner une texture lisse et uniforme. L’étape suivante consiste à dessiner l’icône. À partir d’une feuille calque sur laquelle on a esquissé les traits du Saint, on reporte le dessin sur la planche de bois à l’aide d’un crayon sanguine, et on peint l’assiette à dorer qui constitue le fond de l’icône et sur laquelle on appliquera ensuite les feuilles d’or4, symbole de la lumière divine. On dessine l’icône selon la perspective inversée, antérieure historiquement à la perspective linéaire aujourd’hui utilisée en Occident. Dans la perspective inversée, la profondeur spatiale de l’icône est volontairement réduite dans le volume de la planche en bois, comme si on regardait l’intérieur d’une petite chambre. Les perspectives ne s’appuient pas sur la réalité visuelle mais sur la dimension d’un monde cosmique où l’espace semble s’enfoncer en largeur et en profondeur, en longueur et en hauteur.
On peut ainsi présenter des détails d’éléments qui auraient été cachés avec la perspective linéaire. La peinture se construit donc de façon à ce tout ce qui est derrière vienne devant et tout ce qui est caché puisse être découvert. On procède ensuite à l’ouverture de l’icône, c’est-à-dire à la pose des couleurs de fond, des teintes les plus foncées aux plus pâles. Ce procédé appelé "proplasme", s’appuie sur le récit de la création du monde de la Genèse. Après la pose des fonds, il y a trois différentes phases d’éclaircissement : la première consiste à appliquer les teintes d’ocre rouge ; la seconde, les teintes d’un mélange d’ocre rouge et d’ocre jaune, et la troisième, les teintes de jaune. C’est à la dernière étape de l’écriture de l’icône qu’on dessine l’auréole autour du visage du personnage, symbolisant sa sainteté car celui-ci est rempli de l’Esprit Saint. On écrit le nom du Saint pour l’identifier et on dessine les symboles permettant de le reconnaître. Enfin, on vernit l’icône.
La soumission à des canons iconographiques signifie que le peintre ne peut pas suivre sont libre arbitre, son imagination et sa fantaisie créatrice, mais qu’il doit représenter le Christ, la Mère de Dieu, les Saints et les scènes de leur vie tels que l’Évangile, les Vies des Saints et la Sainte Tradition, perpétuée de manière vivante par l’Église, nous les fait connaître. Mais les principes étant respectés, il conserve une vraie liberté dans la représentation, et sa vraie personnalité trouve à s’y exprimer de même que les particularités culturelles de l’Église locale dont il est membre (LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.). Cela prend en moyenne trois semaines pour écrire une icône, tout dépendant du nombre de personnages ou des détails.

À l’église Saint-Sava se trouve un magasin où on peut se procurer des livres, des cierges ainsi que des copies d’icônes fabriquées dans les pays orthodoxes. Malgré la vente de ces quelques représentations divines, les icônes ne sont pas des marchandises. Il n’existe pas, du moins il n’est pas souhaitable, de créer de lien commercial entre l’iconographe et le client, par la nature même de l’icône – réalisée à travers l’Esprit Saint par la main de l’artiste– et de sa vocation – la dévotion divine. Un iconographe peut faire une icône à la suite d’une commande ou pour en faire l’offrande à une église ou une famille, et le fera avec cœur, sans attendre de compensation en retour. Par exemple, il arrive à l’occasion qu’une famille serbe demande à un iconographe de réaliser une icône du Saint Patron. En échange, elle donnera une offrande à l’artiste. Habituellement, les demandeurs connaissent la charge de travail que demande l’écriture d’une icône et offre une compensation égale à la charge de travail. Pour devenir opérante, l’icône doit être reconnue par l’Église et bénie. On doit donc présenter l’icône aux prêtres de l’église pour qu’elle soit reconnue. Il y a deux manières de bénir les icônes : chez les Grecs, on laisse l’icône dans le sanctuaire pendant 40 jours pour qu’elle soit bénie par 40 liturgies. Chez les Russes et les Serbes, on organise plutôt un service religieux où on asperge l’icône d’eau bénite. Le prêtre fait une croix avec de l’huile sainte et on offre l’icône en vénération aux fidèles. Ainsi, elle commence à vivre dans l’Église. Les icônes et leur histoire à l’église Saint-Sava L’iconostase, mur séparant la nef, monde terrestre, du sanctuaire, le paradis céleste, constitue le mobilier le plus important de
l’Église orthodoxe. En bois et recouverte d’icônes, celle appartenant à l’église Saint-Sava a été fabriquée il y a une dizaine d’années par des iconographes contemporains et offerte comme don par des fidèles. Chacune des icônes représente des symboles de la foi orthodoxe. La partie haute au centre représente la Cène où le Christ a partagé son dernier repas avec ses disciples. Les 12 apôtres sont représentés aux côtés de cette icône. Les portes centrales sont peintes des images de la mère de Dieu et de l’archange Gabriel annonçant la bonne nouvelle de la naissance du Christ. On retrouve cette représentation sur toutes les portes centrales des églises orthodoxes, en symbole du Salut révélé dans le Nouveau Testament. À droite et à gauche de ces portes sont représentés le Sauveur et la Sainte-Vierge avec le Christ enfant. Sur le côté nord (droite), on retrouve de gauche à droite l’archange Michael, Saint-Jean-Baptiste et Saint-Étienne. Sur le côté sud (gauche) sont représentés Saint-Nicolas, Saint-Luc et Saint-George.
On retrouve plusieurs autres icônes dans l’église. Une icône de Saint-Sava décore, en symbole du Saint Patron de l’église, la porte centrale du bâtiment à l’extérieur. On retrouve toujours à l’entrée d’un temple orthodoxe une icône du Saint ayant donné son nom à l’église. De multiples icônes sont suspendues sur les murs de la nef et de plus grandes sont placées dans leur trône sur chacune des colonnes de la pièce ainsi que dans celle juxtaposant la nef.
On attribut une plus grande importance à certaines icônes à l’église Saint-Sava, soit par leur ancienneté, soit par leur histoire particulière associée à celle des immigrants serbes. On retrouve entre autres une icône de la Vierge avec le Christ enfant dans les bras, âgée de 150 ans. Elle a été apportée de Serbie à l’époque de l’immigration serbe en France à partir de 1946 et a suivi la paroisse à travers ses différents lieux de culte jusqu’à l’actuel temple de la rue du Simplon. Une deuxième icône, représentant Saint-Nicolas, est incrustée dans l’argent et a été réalisée dans les ateliers russes. Elle a été apportée et offerte à l’église par les immigrants venus à cette même époque. Deux autres icônes sont très importantes pour l’église Saint-Sava : une du Christ Sauveur, connue sous le nom de Panto Creator, et une deuxième de la Sainte Vierge.
Ces deux icônes ont été réalisées par des moines du monastère serbe très ancien du nom de Hilandar, situé sur la montagne sacrée du Mont Athos en Grèce. Elles ont été offertes à la communauté serbe alors que celle-ci n’était pas encore propriétaire du temple actuel.

1 Voir à ce sujet l’article sur la Slava dans la même communauté serbe-orthodoxe.

2 Nous pensons entre autres aux œuvres de Photios Kontoglou, grec, et Léonide Ouspensky, russe.

3 C’est ainsi qu’on appelle la réalisation d’une icône : l’écriture d’une icône.

4 La pose de feuille d’or n’est toutefois pas une étape essentielle ; une icône pouvant être réalisée sans or.

Le savoir-faire de l’iconographie est enseigné dans le cadre de formations qui peuvent être données dans des écoles des beaux-arts, où l’on apprend effectivement cette technique. Ces formations sont toutefois exemptées de la dimension spirituelle que nous avons décrite plus tôt). D’autres enseignements peuvent être offertes dans des écoles d’art spécialisées en iconographie ou dans certains monastères orthodoxes. Plusieurs membres de l’église Saint-Sava s’intéresse à l’iconographie, et si certains peignent à l’occasion des icônes, ceux-ci ne s’étaient jamais regroupés pour travailler ensemble, approfondir leur technique et transmettre à d’autres. C’est à la suite de la demande par le Père Slavisa à une iconographe française convertie à l’orthodoxie, Geneviève Gouverneur, qu’un atelier d’iconographie a débuté en décembre 2009, au sous-sol de l’église Saint-Sava.
Actuellement, une dizaine de personnes participent à l’atelier donné une journée par semaine et d’une durée qui dépend de la disponibilité de chacun. Geneviève Gouverneur enseigne à la fois la dimension spirituelle de l’icône pour l’iconographe et les techniques relatives à l’iconographie à travers l’étude de différents Saints.
Elle souhaiterait, à partir des icônes qui seront réalisées dans cet atelier, monter une collection qui pourrait servir d’exposition permanente pour la cathédrale orthodoxe serbe.

L’icône apparaît avec le Christianisme alors qu’on représentait le Christ en tant que fresque dans les catacombes. Les toutes premières fresques iconographiques ont été écrites au IVe siècle.
Jusqu’au XIe siècle, les icônes sont peintes à l’encaustique selon une technique égyptienne où on utilisait des terres et de la cire. Elles s’inspirent des portraits des défunts. La nature de l’icône se définit plus précisément au cours des différents Conciles œcuméniques (entre 325 et 787), dans lesquels on défend les critiques des iconoclastes accusant les orthodoxes d’idolâtrie et cherchant à interdire la dévotion aux icônes, à les briser et à les faire disparaître des églises. Lors du septième et dernier Concile, il fut accepté de vénérer les icônes comme tout autre symbole matériel de la foi chrétienne. Au XIe siècle, on remplace le médium de cire par l’œuf, symbole de la résurrection, ce qui permet de conserver davantage les couleurs. L’icône telle que nous la connaissons aujourd’hui, peinte sur bois avec la technique actuelle, s’est développée à Byzance et s’est répandue à d’autres régions avec la Christianisation. L’icône ne constitue pas uniquement un patrimoine de l’orthodoxie, mais de tous les chrétiens, car bien que les catholiques n’accordent pas une même importance de dévotion aux icônes, celle-ci constitue un symbole qui fût central dans la foi chrétienne avant le schisme entre les deux traditions catholiques et orthodoxes.

Deux iconographes de la communauté orthodoxe de Saint-Sava ont été rencontrés pour connaître la dimension patrimoniale des icônes. Il s’agit de Pierre Zoran Pétrel et de Geneviève Gouverneur.

Pierre Zoran Pétrel, né à Belgrade et arrivé à Paris en 1993, a fait des études à l’école des Beaux-Arts et s’est intéressé plus particulièrement à l’iconographie il y a quelques années, suite à ses rencontres avec des peintres de l’Europe de l’Est. Artiste peintre contemporain, Zoran réalise aussi plusieurs icônes depuis 2006. Souhaitant travailler avec d’autres peintres, il voit dans l’école d’iconographie de l’église Saint-Sava l’opportunité de partager sa passion mais aussi d’approfondir son savoir-faire.

Geneviève Gouverneur est artiste iconographe française. Elle s’intéresse depuis longtemps à l’icône est s’est convertie à l’orthodoxie dans les années 1970. Elle a fait plusieurs pèlerinages en Serbie et elle a trouvé dans la communauté orthodoxe serbe de Saint-Sava à Paris un lieu où elle se sent bien. Depuis plusieurs années, elle trouve des occasions de transmettre son savoir-faire dans différentes écoles ou à des particuliers.

- Exposition

- Atelier d'iconographie

L’école d’iconographie à l’église Saint-Sava permet la transmission du sens de l’icône et du savoir-faire de l’iconographie. De plus, la pratique peut être transmise à de nouvelles générations alors qu’on souhaiterait intégrer éventuellement les enfants de la communauté à des ateliers d’introduction à l’icône.

- EFFA Gaston Paul (texte) ; Geneviève GOUVERNEUR (peintures), 2000. Icône : sanctuaire de la présence, éditions Pierron, Sarreguemines, 87p.

- LARCHET Jean-Claude, 2006. L’icône, image d’un monde transfiguré : introduction au catalogue de l’exposition "Icônes orthodoxes serbes – Œuvres d’iconographie contemporaines", Centre Convict., Luxembourg.

- QUENOT Michel, 1991. L’icône : fenêtre sur l’absolu, éditions Cerf, Paris, 210p.

- SARAFOGLOU Nicolas, 1993. Synaxe, no 23, janvier-février-mars, extrait cité dans "Les sept conciles œcuméniques", en ligne

Personne(s) rencontrée(s)

- Geneviève Gouverneur, artiste peintre iconographe et enseignante à l’atelier d’iconographie de l’église Saint-Sava ;

- Pierre Zoran Petrel, iconographe et peintre contemporain, membre de l’église Saint-Sava

- Père Nikola Skrbic, prêtre de l’église Saint-Sava

Localisation (région, département, municipalité)

23, rue du Simplon
Paris, 18e arrondissement

Adresse courriel :
Geneviève Gouverneur : genevieve.gouverneur@hotmail.fr
Pierre Zoran Petrel : artpetrel@free.fr

Indexation : Orthodoxe-Serbe/Église Saint-Sava/Icônes

Dates et lieu(x) de l’enquête : Geneviève Gouverneur, 21 décembre 2009, à sa résidence, 13e arrondissement. / Pierre Zoran Petrel, 8 décembre 2009, à l’église Saint-Sava, 18e arrondissement
Date de la fiche d’inventaire : 10 janvier 2010
Nom de l'enquêteur ou des enquêteurs : Élise Bégin
Nom du rédacteur de la fiche : Élise Bégin

N° d'inventaire Ministère Culture : 2010_67717_INV_PCI_FRANCE_00105
Identifiant ARK : ark:/67717/nvhdhrrvswvk21z

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