Le végétal en Normandie : l’if millénaire de Saint-Ursin

Au centre du bourg formé d’une poignée de maisons se tient un if millénaire qui joue un rôle important pour le maintien de l’identité de ce territoire.

Saint-Ursin est une localité rurale du Sud-Manche située en lisière septentrionale de la forêt de la Lucerne. Elle est depuis 1973 une commune associée à celles de Saint-Jean-des-Champs et Saint-Léger. Son territoire est marqué par un paysage de bocage qu’occupent de petites exploitations agricoles pratiquant essentiellement l’élevage bovin. La commune fut durement touchée par les mutations du monde agricole et perdit en 1973 son statut de commune autonome. À quelques pas de l’arbre vénérable, dans l’église paroissiale, se pratique un très ancien rituel de guérison des convulsions liées aux vers intestinaux.

Saint-Ursin est une localité rurale du Sud-Manche située en lisière septentrionale de la forêt de la Lucerne. Elle est depuis 1973 une commune associée à celles de Saint-Jean-des-Champs et Saint-Léger. Son territoire est marqué par un paysage de bocage qu’occupent de petites exploitations agricoles pratiquant essentiellement l’élevage bovin.
Agglomération d’une quinzaine de maisons bâties au croisement de deux voies, organisé autour de son église et d’un if estimé millénaire, le bourg de Saint-Ursin se tient sur un plateau d’une centaine de mètres d’altitude disséqué au Nord et au Sud par les vallées du Thar (Sud) et du Cassier (Nord).

Le site visé par l’inventaire se compose de deux principaux éléments :

- L’if de Saint-Ursin : L’if de Saint-Ursin est âgé d’environ 1000 ans et présente la particularité d’avoir développé des racines adventives1. Suspecté d’avoir été en fin de vie tout au long du XXe siècle où il montrait des signes de dépérissement, l’if connait un évident regain de vitalité depuis son amputation d’une grosse branche par une tempête en février 1990. C’est à compter de cette époque qu’il fait l’objet de tous les soins de l’autorité municipale en vue de sa préservation en tant que principal garant de l’identité territoriale de Saint-Ursin.

- L’église paroissiale de Saint-Ursin : Situé au centre du bourg, l’édifice est pour sa majeure partie daté du XVIIIe siècle à l’exception du porche des XIe - XIIe siècles. Il contient un tabernacle, un retable du maître-autel et une toile (Baptême de saint Augustin par saint Ambroise) constituant un ensemble classé au titre des Monuments Historiques. On note également dans cette église plusieurs statues non classées, dont une de saint Ursin à laquelle s’associe un rituel de guérison des convulsions liées aux vers intestinaux.
Bien que l’existence de ce rituel de guérison n’ait en apparence aucun rapport direct avec la présence de l’if millénaire, on ne saurait exclure toute relation dans la mesure où furent décelés en de nombreux autres lieux, à des fins évangélisatrices, des stratégies de redirection vers les églises d’anciens cultes païens originellement tournés vers les arbres. D’autre part, des témoignages recueillis à Saint-Ursin au cours de l’enquête d’inventaire indiquent que les pèlerins, après avoir accompli le rituel auprès de la statue dans l’église, envoient parfois discrètement leur enfant malade se lover dans un creux de l’arbre. Ces derniers éléments expliquent pourquoi l’église et l’if de Saint-Ursin peuvent être considérés du point de vue du patrimoine culturel immatériel comme parties constituantes d’un même ensemble.

1 Racine naissant sur une tige au lieu de se développer à partir d’une autre racine.

L’if de Saint-Ursin est aujourd’hui investi en tant que principal garant de l’identité d’un territoire ayant perdu, non seulement son statut de commune en 1973, mais aussi son seul commerce au cours de la décennie 1970 et son école élémentaire en 1987. A ce titre la valorisation de l’arbre participe d’un acte de résistance, impulsé par le Maire avec le soutien de ses administrés, pour assurer la pérennité d’une collectivité locale, préserver les prérogatives de son statut de commune associée, et maintenir une vie dans cette campagne affectée par la déprise rurale de la seconde moitié du XXe siècle. Au vu de ces éléments, compte tenu de l’importance des rapports entre l’arbre, l’expression du pouvoir civil communal et le maintien du village comme entité sociale, il apparait pertinent d’inclure la mairie annexe de Saint-Ursin dans le site concerné par l’inventaire du patrimoine culturel immatériel. On y adjoint également le pré situé face à celle-ci puisque s’y tient une fois par an une fête communale mobilisant les habitants.

- Mairie annexe de Saint-Ursin : L’édifice abrite l’administration de la commune associée de Saint-Ursin, anciennement commune de Saint-Ursin. L’association de Saint-Ursin avec Saint-Léger et Saint-Jean-des-Champs fut réalisée dans le cadre de la loi Marcellin du 16 juillet 1971. Il a été fait le choix de ne pas fusionner la commune supprimée en 1973, mais de lui préserver une relative autonomie et certaines particularités, ce qu’attestent la persistance d’une mairie annexe et d’un maire délégué.
L’édifice occupé par la mairie de Saint-Ursin fut pendant longtemps – jusque dans le milieu des années 1950 où s’est ouvert un nouveau groupe scolaire dans des bâtiments neufs – la première école du village établie suite à la promulgation de la loi Ferry de 1882 instituant l’enseignement obligatoire pour les enfants de 6 à 13 ans. Comme dans bien d’autres contrées rurales cette implantation eut d’importantes répercutions sur la vie locale : les agriculteurs furent en effet contraints d’envoyer leurs enfants à l’école au lieu de continuer à les employer dans les champs, ceci permettant leur instruction et l’élargissement de leur horizon.

Au cours des entretiens réalisés dans le cadre de l’inventaire, le Maire délégué de Saint-Ursin s’est montré particulièrement fier de la qualité de l’enseignement que les enfants recevaient dans le groupe scolaire de village qui – selon lui – les hissait parmi les meilleurs élèves des collèges des environs. C’est donc à regret qu’il s’est remémoré la fermeture de la dernière classe en 1987 : au-delà de la disparition d’un service public fondamental, la fermeture de l’école signifiait la fin d’enfances vécues à Saint-Ursin, et symboliquement un coup sévère porté au renouvellement des générations sur ce territoire dont la population vieillissait.

- Pré et champ de foire occasionnel : Le terrain herbeux situé au sud de la mairie annexe de Saint-Ursin est le lieu où se déroule chaque dernier dimanche du mois d’août la fête communale. Instituée en 1977, cette manifestation populaire débute systématiquement par une messe dans l’église paroissiale suivie d’une bénédiction des enfants auprès de la statue de saint Ursin. Traditionnellement cette cérémonie religieuse se tenait le 9 novembre et s’associait jadis à un pèlerinage que même les plus anciens du village n’ont pas connu. Pour des raisons assez mal déterminées la messe fut déplacée le 1er dimanche du mois d’août puis, afin d’accroitre sa fréquentation, le jour de la fête communale où elle s’achève par une vente de pains bénis dont les bénéfices vont à la paroisse. Cette journée, organisée par le comité des fêtes de Saint-Ursin, réunit ainsi autour d’une même manifestation les corps civils et religieux du territoire.

À Saint-Ursin le patrimoine immatériel associé à l’arbre apparait relever de deux registres distincts :

- Un culte civil indissociable du combat livré par l’autorité communale (l’administration de la commune associée) afin d’assurer la pérennité d’un territoire villageois à l’existence précaire.

- Un culte religieux se manifestant à travers une dévotion à saint Ursin. Cette dévotion peut s’accompagner d’un rituel pour la guérison, chez les enfants, des convulsions liées aux vers intestinaux.

Ce qu’on désigne comme "culte civil" attaché à l’if est un phénomène récent à Saint-Ursin. Sa genèse puise dans la réaction au début des années 1990 du maire de cette commune associée placé devant la sinistre éventualité d’une disparition complète du territoire dont il avait la charge : la perte du statut de commune en 1973 et l’association avec les localités voisines de Saint-Jean-des-Champs et Saint-Léger ont impliqué une perte d’autonomie dans les décisions, laquelle fut suivie de la fermeture de l’unique commerce au milieu de la décennie 70, et de l’école à la fin de l’année 1987. De fait, la décroissance et le vieillissement de sa population avaient fini par placer Saint-Ursin dans une situation critique.
Ce contexte difficile explique que, lisant un jour des revues dont plusieurs articles portaient sur les arbres remarquables de Normandie, le maire de Saint-Ursin fut choqué de l’absence de sujet concernant sa commune. À ses yeux tout se passait comme si la disparition tant redoutée se concrétisait; comme si Saint-Ursin était rayé de la carte. D’après l’édile, c’est à ce moment que lui serait venue l’intuition d’impliquer l’if millénaire pour assurer à sa localité une reconnaissance et une existence les plus pérennes possibles.
Il faut dire que l’arbre était intéressant à plus d’un titre : il s’agit d’un être vivant ; et le maire de Saint-Ursin s’inscrivait dans une démarche de préservation de la vie sur sa commune. L’if a une longévité exceptionnelle ; ce qui en faisait aux yeux de l’édile un gardien durable de la territorialité du village, son meilleur gage d’avenir. Enfin, compte tenu de son âge déjà avancé l’arbre est le témoin de tout ce qui a pu se passer à proximité depuis 1000 ans ; il est le porteur muet de la mémoire de Saint-Ursin. Ce sont ces différentes propriétés qui ont fait du vieil if le plus apte à incarner la localité dans toutes ses épaisseurs : celle du temps long, de la terre, celle des vies humaines qui s’y sont ancrées et succédées.
Cette personnalisation du collectif dans le rapport qu’il entretient avec son territoire se révèle dans un discours qui fut prononcé par le maire de Saint-Ursin à l’occasion de la cérémonie qui avait célébré en 2000 la plantation d’une bouture de l’if. Celle-ci avait été offerte par le muséum d’Histoire Naturelle de Paris en remerciement des prélèvements qu’il avait été autorisé à effectuer sur le vieil arbre. Du point de vue des édiles de Saint-Ursin la plantation était l’occasion d’assurer sa descendance à l’if vénérable. La cérémonie marquait cet évènement d’un certain faste. Mais elle visait aussi à rappeler aux officiels présents l’existence de cette localité du Sud Manche. Voici ce discours qui met en scène un surprenant dialogue entre le maire de Saint-Ursin et le végétal :

"Cette fois, il n’y a pas de doute, c’est bien l’if qui me parle.
C’était inespéré, j’attends cet évènement depuis tellement longtemps, je vais te poser mes questions :
- Nous ne savons pas grand-chose sur ta jeunesse, tu peux m’en parler ?
- Ma jeunesse, c’est tellement loin ; j’ai vu tant de misères, de pillages, d’épidémies que je préfère ne pas en parler. Par contre j’ai beaucoup aimé le XIXe siècle ; c’est à cette époque que la Commune a pris corps : c’est la construction de la maison d’école avec une pièce pour la Mairie, du presbytère et de nombreuses maisons (un tiers des maisons d’aujourd’hui sont de ce temps là). C’était la belle époque : j’étais là dans toute la splendeur. Ensuite les choses se sont gâtées avec la Grande Guerre. Voir toutes ces familles venir à l’église le cœur brisé, ça me faisait mal. Je n’avais pas eu le temps d’oublier que les hostilités ont repris. Les bombes
m’ont fait trembler. Sept années sans revoir des petits jeunes qui venaient à la messe tous les dimanches, c’est long…très long.
La paix est enfin revenue, mais avec la modernisation les jeunes sont partis travailler en ville. J’ai vu de moins en moins de gens venir à la messe. Le père curé s’en est allé et n’a pas été remplacé. Ne pas avoir de messe le dimanche, ça me manque… Et voilà que vous êtes associés ! Je ne sais pas ce qui vous a poussé ; moi je n’ai rien compris ; j’ai cru que c’était la fin : m’a sève n’avait plus la force de monter. Je suis devenu vulnérable et en février 1990, dans un combat avec Eole, j’ai mis un genou à terre et perdu un tiers de ma tête. Moi qui pensais n’intéresser personne, vous voir tous atterrés, ça m’a fait un choc. Je me suis ressaisi. Vous m’avez ensuite enlevé tout mon vieux bois : je ne vous croyais pas autant intentionnés. Du coup, j’ai repris gout à la vie. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Je vois de plus en plus de pèlerins venir à l’église et de temps en temps le père Lécureuil fait vibrer les murs. Au printemps c’est le va et viens de tout le grand ouest et de Navarre vers le haras, et à l’automne je n’arrive plus à compter les gros tracteurs les jours d’ensilage.
Je n’ai jamais vu la commune aussi vivante. En plus, tu te rends compte, j’intéresse le Muséum d’Histoire Naturelle : mes petits qui sont plantés à l’Arboretum National de Chèvreloup, au Jardin des Plantes de Paris, à la Maison du Département et celui qui va être planté tout près, tu peux me croire, je vais leur donner le bon exemple et leur apprendre à user le temps. Tu vois, je n’ai jamais eu autant d’honneurs ! En fin de compte, votre association de communes, ce n’est pas si mal que ça ! Au diable la modestie ! Dis qu’elle est exemplaire ! Saint-Ursin ne va pas disparaitre de sitôt. Je m’en occupe : c’est reparti pour 1000 ans ! De temps en temps je donnerai une branche à Madame Campelli et à Monsieur Plessis : j’aime ce qu’ils font. Savoir qu’après ma mort j’aurai une autre vie, ça me rassure. Allez, bon vent ! À l’an Trois mille !"
Auteur : Michel Lerbourg, Maire Délégué de Saint-Ursin, discours de mars 2000.

Dans ce discours l’if est présenté comme un être parlant capable d’émotions. À ce titre il est doté d’attributs qui distinguent les humains des autres espèces. Cependant son caractère végétal demeure : il est un être immobile qui ne peut vivre ce qui se passe autour de lui qu’en témoin passif. Cet aveu d’impuissance, certes le fragilise, mais constitue aussi un appel lancé aux hommes pour le protéger : lui qui a vu défiler les générations et les transformations du pays depuis 1000 ans, lui qui est le seul être permanent d’un territoire en continuel changement, est ainsi conçu comme un patrimoine à préserver. Mais il s’agit d’un patrimoine vivant dont l’identification avec Saint-Ursin est si puissante que sa santé fluctue avec celle de cette localité : qu’elle prospère et l’if est en pleine vigueur ; qu’elle décline et il dépérit ; qu’elle se relève et il reprend vigueur. L’arbre s’apparente ainsi à un être "surnaturel". Il qui n’est pas sans rappeler ces divinités locales qui peuplaient la Gaule païenne… sauf que, détail important : dans son discours le maire prend soin de le dissocier de la foi. En faisant regretter à l’if l’absence des messes, en l’amenant à se réjouir lorsqu’elles deviennent plus fréquentes, l’édile signifie que la place de l’arbre relève de l’incarnation du territoire civil, non d’une spiritualité religieuse réservée à l’église.
D’une manière générale l’if parait exprimer la pulsion de vie du village de Saint-Ursin. Celle-ci se manifeste dans le discours du maire à travers la remémoration de l’épisode de la tempête de février 1990 : cette tourmente venteuse a fait plier l’arbre millénaire qui en a perdu de nombreuses branches, mais il est resté debout ; et c’est justement parce qu’il a perdu ses branches qu’il a pu résister et reprendre vigueur. De telles paroles portées sur l’arbre sécrètent une métaphore de l’édile évoquant sa commune : Saint-Ursin a également traversé une terrible tempête ; la déprise rurale où tout ou presque fut emporté : commerce, écoles, habitants, statut communal… Mais l’if millénaire n’en fut pas pour autant déraciné ; et c’est autour de lui que tente aujourd’hui de se redévelopper la localité.
Si on excepte quelques rares cérémonies, comme celle donnée à l’occasion de la plantation de la bouture, ou lorsque lui fut décerné le label "Arbre remarquable de France"2, l’if de Saint-Ursin n’est le support d’aucun culte civil régulier. Ceci peut se comprendre puisque l’arbre vénérable est censé traduire l’existence même de la commune. En d’autres termes, l’if est théoriquement partout et tout le temps : Il veille effectivement sur l’église où il voit se succéder les pèlerins. Il est le défilé des tracteurs dans les champs. Il est aussi l’animation autour du haras de Saint-Ursin. Il participe de toutes les actions ambitieuses qui visent à assurer la pérennité du village à travers sa reconnaissance depuis l’échelle Départementale jusqu’à Paris, la capitale… En somme, si toute la localité est en lui, l’if est en tout, et le maire délégué de la commune associée apparait comme son interlocuteur et médiateur privilégié. À travers l’arbre celui-ci dialogue avec la localité de Saint-Ursin. Quant à l’arbre, il utilise l’édile municipal pour faire passer son message aux hommes.

2 Par l’association A.R.B.R.E.S.

Bien que n’ait été conté aucun récit légendaire expliquant son existence, on observe à Saint-Ursin, effectué au bénéfice des enfants, un rituel de guérison des convulsions liées aux vers intestinaux. Ce rituel n’a aucunement pour support l’if millénaire. C’est la réponse qu’on obtient des habitants de la commune quand on leur pose cette question.
C’est aussi ce qu’on peut conclure en observant sur le site les allées et venues des pèlerins qui se rendent à l’église pour prier devant la statue de saint Ursin. Cependant on ne saurait absolument exclure toute relation entre l’existence de cette pratique et la présence de l’arbre vénérable. En effet, à l’instar de ce qui est attesté ailleurs, il n’est pas impossible qu’un culte ait été déplacé de l’arbre vers l’église. De tels transferts étaient généralement le résultat d’une stratégie, dans le contexte de l’évangélisation, d’une institution ecclésiastique visant à canaliser d’antiques croyances païennes vers la spiritualité chrétienne. Destiné à assurer l’intercession entre les hommes et Dieu, le saint honoré dans l’église devait alors remplacer l’ancien arbre – idole locale qui a pu demeurer sans être abattu. Cette hypothèse est d’autant plus intéressante à souligner, s’agissant du site de Saint-Ursin, quand on sait à quel point dans le cadre de son culte civil l’if est assimilé à une divinité locale. Dans la mesure où l’arbre actuel est trop jeune pour avoir connu l’antiquité païenne, il a pu succéder à d’autres, lesquels auraient été les supports initiaux du culte se manifestant encore aujourd’hui dans l’église paroissiale. On connait effectivement le souci des populations à s’assurer de la descendance de leurs arbres vénérables. On sait aussi combien le maire de Saint-Ursin pris déjà soin de dissocier l’if de toute expression de foi comme si cette distinction n’était pas toujours allée de soi3. À ce propos il faut souligner que, bien que n’étant pas habituellement un support du rituel thérapeutique, l’if y est parfois étroitement associé : selon des témoins visuels il est arrivé que des pèlerins sortant de l’église après s’être recueillis auprès de saint Ursin fassent discrètement entrer dans l’arbre l’enfant à guérir avant de l’en faire rapidement ressortir. Cette pratique peu orthodoxe est certes marginale, mais elle indique que la présence de l’arbre à proximité immédiate du lieu de dévotion à saint Ursin les ferait se coupler instinctivement dans l’imaginaire de certains croyants. On peut supposer que lover l’enfant dans cet if magnifique constituerait à leurs yeux, spontanément, une garantie d’efficacité supplémentaire du rituel…

Selon des témoins, la croyance envers le pouvoir de guérison serait très répandue parmi la population alentour et, au-delà, dit-on, jusqu’aux marais de Carentan. Ce rituel est le plus souvent privé et consiste en une prière accomplie devant la statue du saint; pratique à laquelle peut être associé le dépôt d’un cierge. Éventuellement, via un petit bloc-notes placé sur l’autel près de la statue, les pèlerins sont invités à demander une messe au curé. Cette demande lui est transmise par les soins d’une gardienne volontaire qui habite à proximité de l’église. Une prière au bénéfice des enfants malades est alors prononcée le dimanche qui suit à l’occasion de l’office religieux à Saint-Jean-des-Champs.
La pratique cultuelle en dévotion à saint Ursin n’a pas toujours été, et n’est toujours pas, qu’individuelle. Les habitants de la contrée indiquent qu’il a existé dans un passé lointain un pèlerinage dont le souvenir s’est perdu. Mais ils se remémorent volontiers la messe qui avait lieu jusqu’au début des années 1960 tous les 9 novembre, jour traditionnel de la fête du saint. Cette cérémonie a ensuite été déplacée au commencement du mois d’août avant d’être instituée le jour de la fête communale organisée le dernier dimanche de ce même mois. Cet ultime déplacement procédait d’une volonté d’accroitre la fréquentation de la cérémonie, mais aussi parce que le comité des fêtes ne concevait pas une fête communale qui débuterait sans office religieux. Cette messe prend encore aujourd’hui une tournure singulière puisqu’elle s’achève par une bénédiction des enfants qui se réunissent auprès de la statue de saint Ursin. Non que l’Église encourage cette pratique, mais elle répond à une demande populaire et constitue le meilleur moyen d’encadrer spirituellement une croyance qui – sans quoi – serait susceptible de bifurquer vers la superstition.

Les témoignages s’accordent néanmoins pour reconnaitre que des pratiques à connotation païenne seraient en plein essor depuis près d’une décennie sur le site de Saint-Ursin. En effet, de plus en plus de pèlerins ne se contentent plus d’une prière assortie du dépôt d’un cierge, mais placent au pied de la statue une photo de l’enfant qu’ils cherchent à guérir, parfois accompagnée d’un objet lui appartenant : un jouet, un bout de vêtement, etc.… Les habitants de la commune affirment que de telles pratiques n’avaient jamais eu cours jusqu’à présent. Sans doute est-ce un résultat de la faiblesse croissante de l’encadrement spirituel du pèlerinage du fait du manque de prêtres ; auquel s’ajoute le succès récent d’ouvrages qui prescrivent et encouragent le recours aux saints guérisseurs.

3 En atteste, chaque année, la petite crèche disposée dans un creux de l’arbre au moment des fêtes de Noël.

Personne(s) rencontrée(s) / Qualité(s)

- Jean-Yves Delanoë / Profession non connue / Ancien président du comité des fêtes de Saint-Ursin

- Marie-Thérèse Delanoë / Retraitée (ancienne aide-soignante)

- Paulette Deguette / Retraitée (ancienne agricultrice) / Conseillère municipale de Saint-Ursin

- Raymond Deguette / Retraité (ancien agriculteur)

- Audrée Denier / Retraitée / Habitante de Saint-Ursin

- Colette Lerbourg / Retraitée (ancienne agricultrice)

- Michel Lerbourg / Retraité (ancien agriculteur) / Maire délégué de Saint-Ursin

- Alphonsine Letourneur / Retraitée (ancienne agricultrice) / Habitante de Saint-Ursin (proximité de l’if millénaire)

- Éliane Morin / Retraitée / Habitante de Saint-Ursin (proximité de l’if millénaire)

- Pierre Morin / Retraité (Orfèvrerie d’art / travail sur bois) / Habitant de Saint-Ursin (proximité de l’if millénaire)

Localisation (région, département, municipalité)

Région : Basse-Normandie
Département : Manche (50)
Commune : Saint-Ursin (commune associée) Saint-Jean-des-Champs

Longitude : 1°26’25’’ O
Latitude : 48°48’02’’ N

Commune associée de Saint-Ursin / Commune de Saint-Jean-des-Champs
Communauté de communes du Pays Hayland
Adresse : Mairie de Saint-Ursin, Le Bourg
Ville : Saint-Ursin
Code postal : 50 320

Téléphone : Mairie / 02 33 51 80 04
Site Web 

Dates et lieu(x) de l’enquête : Avril 2009, Saint-Ursin
Date de la fiche d’inventaire : Août 2009
Nom de l'enquêteur ou des enquêteurs : Yann Leborgne (Chargé de mission, CRECET de Basse-Normandie)
Nom du rédacteur de la fiche : Yann  Leborgne (Chargé de mission, CRECET de Basse-Normandie

N° d'inventaire Ministère Culture : 2010_67717_INV_PCI_FRANCE_00077
Identifiant ARK : ark:/67717/nvhdhrrvswvk2r5

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