Les chants polyphoniques à Tende

Chants de compagnie italiens chantés en groupes lors des fêtes et apéritifs organisés à Tende.

La polyphonie de Tende est une technique vocale qui utilise entre deux et quatre voix, la première et les basses, éventuellement une seconde et une quatrième tenue par les femmes.

"La polyphonie de Tende est une technique vocale qui utilise entre deux et quatre voix, la première et les basses, éventuellement une seconde et une quatrième tenue par les femmes. Le son est produit par une voix de tête qui utilise les cavités crâniennes comme caisse de résonance et qui provoque une nasalisation très puissante. (…) Sur le plan de l’exécution collective, la première voix débute le chant et s’y ajoutent progressivement les basses et les autres voix."1 Le répertoire est partagé par l’ensemble des communautés italianophones contemporaines et n’a pas une originalité spécifique. Les militaires tendasques enrôlés dans l’armée italienne avant 1947 ainsi que les bergers qui traversent régulièrement la frontière ont joué un rôle fondamental dans l’incorporation des répertoires piémontais.
L’uniformisation de ce répertoire est une conséquence du service militaire et de l’édition phonographique2. On chante notamment à l’occasion des repas de famille ou des fêtes du village. Le chant est un moyen d’accompagner la soirée. Il s’agit d’une pratique spontanée dans les occasions de convivialité comme sur les places du village à l’occasion des apéritifs proposés par des associations, des repas associatifs ou des fêtes religieuses ou laïques comme la fête de la musique.
Si les hommes restent plus nombreux, les femmes interviennent souvent dans le chant et elles sont considérées "mieux connaître les chants". Ces femmes sont souvent issues de familles de bergers, qui sont "restés piémontais" car ils continuent à fréquenter des Piémontais au quotidien et à chanter avec eux.

1 ISNART Cyril, 2009. Le chant des origines. Musique et frontière dans les Alpes, Ethnologie française, 3 : 483-493.

2 ISNART Cyril, 2007. "Au-delà du répertoire" in Cyril, Isnart ; Jean-François Trubert : Musique du col de Tende. Les archives de B. Lortat-Jacob 1967-1968, livre-Cd, Nice, Adem06 : 33-47.

Nature de lieu
Espaces publics : bar, salles de la mairie, places du village où sont organisés
les apéritifs.

Si le chant était auparavant associé au travail dans les campagnes, quand chanter "remontait le moral", et aux fêtes religieuses, aujourd’hui on chante surtout à l’occasion des fêtes ou dans les bars du village. Les fêtes des classes sont une occasion où les jeunes (qui ont parfois trouvé les textes des chants sur Internet) peuvent se confronter avec les anciens.
Au début de l’apprentissage, les jeunes restent souvent simples spectateurs car ils ne connaissent pas les chants en italien. Ils sont intégrés dans le groupe des chanteurs à fur et à mesure qu’ils apprennent les chants qui sont simplement montrés mais pas expliquées. L’italien est souvent un obstacle pour les jeunes qui ne sont pas italophones et chantent en phonétique sans comprendre ce qu’ils disent.

Mode d'apprentissage
Informel

Si les chanteurs sont parfois apparentés et si pères et fils peuvent chanter ensemble, la transmission est régie par une hiérarchie générationnelle étendue aux chanteurs qui ne sont pas liés aux autres par des liens de parenté. La transmission de cette pratique tisse en somme des liens entre les petits-fils et leurs grands-parents italophones, souvent originaires de l’autre coté du col de Tende. Le chant devient alors le vecteur de transmission des mémoires3.
La transmission des répertoires se fait aussi par l’écrit (voir fichier audio et vidéo). Des répertoires écrits de chansons (cahiers, photocopies) sont constitués grâce à des recherches sur Internet ou à des publications locales, et utilisés comme support mnémoniques notamment lors des "apéritifs", des occasions de rencontre organisées dans les différents quartiers de Tende4. La distribution de ces répertoires écrits facilite, dans ce cadre, la pratique et la transmission du chant. Ces carnets ou catalogues ont été rédigés à la demande des participants aux apéritifs avec la collaborations des acteurs locaux (notamment Mme Operto) et du comité des fêtes.
Si les nouvelles générations peuvent apprendre les chants en regardant des DVD ou en écoutant des enregistrements, les contextes oraux restent importants pour la transmission. L’association Maison des jeunes et de la culture, fondée en 1975, organise des repas festifs tous les weekend d’été dans un refuge en montagne. Dans ce cas les anciens apprennent des nouveaux chants aux plus jeunes.

3 ISNART Cyril, 2009. Le chant des origines. Musique et frontière dans les Alpes, Ethnologie française, 3 : 483-493.

4 ISNART, 2009.

Le renouvellement du répertoire et du style de chant est aujourd’hui favorisé par la fréquentation des fêtes de l’autre côté du col de Tende et l’achat des CD qui se fait dans ce cadre. La manière piémontaise de chanter est considérée par les anciens chanteurs tendasques comme plus accélérée que celle, ancienne, de Tende. La fréquentation des Piémontais aurait alors influencé le chant des nouvelles générations5.

5 ISNART Cyril, 2009. Le chant des origines. Musique et frontière dans les Alpes, Ethnologie française, 3 : 483-493.

Actions de valorisation :
Enquête de Lortat-Jacob, Bernard (1967-1968) disponible sur le site de la phonothèque de la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme.

Enquêtes d'histoires orales dans les vallées de la Roya et de la Bever (2005-2009) disponibles sur le site de la phonothèque de la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme.

- LORTAT-JACOB B. sd, "Le chant de compagnie" in Lortatjablog, En ligne. Consulté le 24 avril 2008.

- ISNART Cyril, 2007. Au-delà du répertoire in ISNART Cyril ; TRUBERT Jean-François, 2007. Musique du col de Tende. Les archives de B. Lortat-Jacob 1967-1968,  Nice, Adem06 : 33-47 [Livre-CD]

- ISNART Cyril ; TRUBERT Jean-François, 2007. Musique du col de Tende. Les archives de B. Lortat-Jacob 1967-1968, Nice, Adem06 [Livre-CD]

- Vievola. Choeurs et danses du col de Tende, 16 mm, noir et blanc, 31 mn. Réalisé par J. D Lajoux et B. Lortat-Jacob, CNRS Audiovisuel, 1974.

Personne(s) rencontrée(s)

Marcel Operto
Marie Operto
Antoinette Vallauri
Sébastien Vassallo

Localisation (région, département, municipalité)

Provence-Alpes-Côte d'Azur, Alpes-Maritimes, Tende.

Indexation : 932400 (chant et cantique)

Dates et lieu(x) de l’enquête : 4, 5 et 6 juillet 2009
Date de la fiche d’inventaire : 15 janvier 2010
Nom de l'enquêteur ou des enquêteurs : Cyril Isnart et Chiara Bortolotto
Nom du rédacteur de la fiche : Chiara Bortolotto

Supports audio
Entretien avec Mme et M. Operto (transmission, carnets) 4' 35''
Entretien avec Mme et M. Operto (chants) 1' 57''
Entretien avec Sébastien Vassallo (chants et appartenance) 3' 56''
Supports vidéo
Tende chants polyphoniques, juillet 2009 6' 53''
Mme Vallauri (chants et carnets) 1' 22''
Photographies
Trois
Commentaires
La fiche a été commenté par Sébastien Vassallo, Marcel Operto et Lucie Orisini qui a auparavant consulté des chanteurs de Tende (Albert Martini, Giovanni Orsini, Stefanino Pellegrino, Thierry Pellegrino, Jean-Pierre Sassi, Giorgio Moletto, Antoine Vallauri).

N° d'inventaire Ministère Culture : 2010_67717_INV_PCI_FRANCE_00086
Identifiant ARK : ark:/67717/nvhdhrrvswvk21l

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