Le rondeau / Rondèu

Danse mixte en chaîne ou divers segments de chaîne pratiquée en Gascogne centrale

La Gascogne centrale connaît différentes variantes d'une même danse nommée rondeau : rondeaux en chaîne et rondeaux à deux.

La Gascogne centrale connaît différentes variantes d'une même danse nommée rondeau : rondeaux en chaîne et rondeaux à deux. Il regroupe hommes et femmes, en chaînes ouvertes dessinant des cercles dans le sens des aiguilles, accompagné "à la voix" par les danseurs eux-mêmes ou/et aux instruments. Le rondeau était jusqu'aux années 30 la danse centrale de cette région et l'un des moments forts de la sociabilité rurale gasconne, l'occasion pour celle-ci, d'affirmer sa cohésion et sa singularité.
On peut parler d'un "pays du rondeau en chaîne" (sud de la Grande Lande (1), Marsan, Marensin, sud du pays de Born) où les danseurs sont restés attachés à la disposition initiale héritée des branles (entre dix et vingt hommes et femmes, mains jointes, épaules contre épaules). Ailleurs, et sous l'influence d'usages chorégraphiques plus récents (danses issues des contredanses : congos, quadrilles (2) , danses en couple fermé : polkas, scottishs, mazurkas), la chaîne a évolué vers des groupements de danseurs en plus petit nombre, cortèges de deux ou quatre danseurs qui continuent de respecter l'antique disposition circulaire.
Les rondeaux en chaîne - rondèus, arrondèus - qui sont quelque fois nommés sauts (3) en certains lieux du domaine (Marsan, Marensin), présentent des pas, ou unités motrices, prenant support sur quatre mesures de la mélodie de soutien. Combinant des durées "longues" et "brèves" (4), ils comportent généralement un déplacement vers la gauche sur les deux premières mesures, sui vi d'une séquence dansée sur place sur les deux mesures suivantes.Concernant les "unités motrices" et leur structure rythmique, elles sont en trop grand nombre pour que nous en faisions ici état. Pour en savoir plus long sur le sujet, nous conseillons la lecture de l'ouvrage de Michel Berdot "Rondèus congos de las Lanas" (voir bibliographie).
Par ailleurs sont apparus plusieurs "pays de rondeau à deux (danseurs)".
L'un d'entre eux se situe au nord du pays des rondeaux en chaîne, selon une aire qui couvre approximativement le nord de la Grande Lande, le Gabardan, le Bazadais, le pays de Buch et le nord du pays de Born. Ici, les danseurs ont abandonné la configuration en chaîne telle qu'elle était encore en vigueur plus au sud, pour des dispositifs en couples mixtes autonomes placés en juxtaposition sur un arc de cercle. Offrant, de ce fait, une physionomie d'ensemble différente de celle des rondeaux en chaîne, ces rondeaux à deux - rondèus, arrondèus - s'en démarquent également par la façon dont les danseurs organisent leur trajet sur le cercle, trajet qui comporte un partie en avançant droit devant soi, suivie d'un trajet effectué en reculant en sens inverse. L' unité motrice s'organise désormais sur deux mesures de la mélodie de soutien, mais elle est répétée deux fois à l'identique (5), la première fois quand le couple avance, la deuxième quand il recule. Une unité motrice, qui a été observée en divers lieux de ce pays de rondeau à deux, consiste en une combinaison de durées longues et de brèves se déclinant ainsi, sur deux mesures : long/long/bref/bref/long/.
Autre pays de rondeau à deux : le Haut-Agenais. Nommé ici rondèu (à l'ouest du domaine) ou branle (à l'est de celui-ci), ce rondeau présente quant aux déplacements des danseurs les même grandes caractéristiques que le rondeau à deux précédent, à ceci près que l'homme semble avoir – à l'instar des anciens branles – conservé l'habitude de se retourner systématiquement vers sa cavalière au moment où celle-ci entame la partie "recul" de son déplacement (6). C'est au niveau des rythmiques qu'il en diffère, toutefois. L'organisation des durées est ici plus complexe, et partant plus difficile à déchiffrer. D'autant que, et c'est aussi le cas pour le rondeau à deux précédent, le trajet avancer/reculer ne coïncide pas "à la lettre" avec les quatre mesures de la mélodie de soutien, les danseurs commencent à revenir en arrière avant la fin de la deuxième mesure et à avancer avant la fin de la quatrième.Quant aux combinaisons de durée, au moment où nous composons ce texte, deux interprétations en sont proposées par les formateurs en danse : l'une consiste en un enchaînement du type : bref/long/bref/long/long/bref/, sur deux mesures.Un autre est de l'ordre de : bref/long/bref/bref/long/bref/, également sur deux mesures (7).
La partie orientale de la Gascogne a également connu un pays de rondeau à deux (8). Il s'agit du "rond", pratiqué dans le Savès, et plus précisément dans la haute-vallée de la Save, cette région dont Samatan est en quelque sorte le centre. Bien qu'ayant adopté une disposition à deux danseurs, "le rond" a conservé des anciens branles, comme ça semblait être le cas en Haut-Agenais, la façon dont l'homme se retourne vers sa cavalière dans la seconde partie du déplacement (9), laquelle, pendant ce temps, comme dans les autres rondeaux à deux, recule vers son point de départ, en faisant face à son cavalier. L'unité motrice s'organise ici selon une combinaison de durées qui peut s'énoncer ainsi, sur deux mesures : long/bref/bref/long/long/, cavalier et cavalière effectuant la partie "avancer" du trajet durant les deux premières mesures de la mélodie de soutien, et la partie en fac-à-face durant les deux suivantes.

Espaces privés, semi-publics et publics.

Anciennement la transmission s’accomplissait au sein de la communauté par imprégnation/immersion et aujourd'hui à l’occasion d’enseignements formels, en atelier, analysant les enchaînements moteurs et/ou par immersion dans les bals.

En Gascogne, le rondeau désigne une pratique chorégraphique apparentée aux branles de la Renaissance (et plus anciennement aux caroles - rondes chantées - du Moyen-Age), pratique dont toutes les régions de France ont connu l'usage (XVe, XVIe siècles).

La fin de la société traditionnelle a entraîné son déclin, puis sa disparition en tant qu'usage régulier. Il a toutefois, en quelques lieux plus enclavés, vécu jusqu'au conflit de 1914-18, le franchissant même (Landes, Savès, Haut-Agenais) pour perdurer de façon intense jusqu'aux années 1930.
Sa pratique ne s'est toutefois pas éteinte, objet d'enquêtes de terrain dans la deuxième moitié du XXe siècle, conduites d'abord par des chercheurs en danse (J.M. Guilcher, Y. Guilcher, F. Lancelot, plus tardivement Ch. Cuesta), puis par des associations locales à vocation ethnographique (A.C.P.A., A.C.P.L., La Civada, Menestrèrs Gascons, Association des Quatre Cantons du Haut-Agenais, Lou Peyroutou (F.O.L. des Hautes-Pyrénées,...).
Autrefois le rondeau était pratiqué au son de la voix ou des instruments, en plein air, dans une cour de ferme ou dans une grange. Les musiciens étaient assis au centre d'un cercle autour duquel évoluaient les danseurs. Depuis une quarantaine d'années l'expression est produite en salles de bal (très fréquemment des salles polyvalentes), les musiciens généralement placés sur une scène sonorisées confrontant les danseurs.
Dans le cadre du renouveau de la pratique de la danse traditionnelle (à partir des années 70 et plus encore en Gascogne, les années 1980) – ce cadre dépasse très largement l'aire culturelle gasconne (en ce début du XXIe siècle, une bonne part de l'Europe occidentale) - le rondeau fait l'objet de nombreuse sessions d'apprentissage (cours réguliers, stages). Il s'exprime tout particulièrement dans les bals dits "traditionnels", "gascons", "occitans" développés depuis cette époque. A
titre d'exemple, 30 bals dans le seul département des landes en 2007, un bal attirant de 60 à 150 personnes. 185 bals en 2007 dans l'ensemble de l'Aquitaine. Les danseurs se déplacent dans un rayon de 50 à 60 kms, sauf en milieu estudiantin qui organise régulièrement des bals à Bordeaux.
Les organisateurs peuvent être très différents : étudiants à Bordeaux, associations aux buts les plus divers ce qui montre, dans certains cas, le poids économique –-relatif – du bal et son ancrage social, dans les Landes notamment.

- Plaquette

- Guide

- Festival

- Site internet

Sondaqui  outil de valorisation de la Région Aquitaine

- Conservatoire occitan

- agendas électroniques d'initiative privée ou associative (Info-Trad, airial, Ostau Biarnés...)

Cette expression est connue de la Direction générale de la création artistique du Ministère de la Culture, de la FAMDT et des opérateurs régionaux aquitains et en Midi-Pyrénées. Il n'existe toutefois pas à ce jour de diplôme en danse traditionnelle.

- CORBEFIN Pierre, Rondèus, Sondaqui

- GUILCHER Jean-Michel, 2003. Rondes, branles, caroles. Le chant dans la danse. Centre de Recherche Bretonne et Celtique, Atelier de la Danse Populaire, Brest.

- GUILCHER Yves, 1998. La danse traditionnelle en France, d'une ancienne civilisation paysanne à un loisir revivaliste. Modal F.A.M.D.T, Parthenay.

- BERDOT Michel, Rondèus e congos de las Lanas, rondeaux et congos des Landes de Gascogne (livret bilingue gascon-français + C.D.), Menestrèrs Gascons, A.C.P.L., Pau.

- Menestrèrs Gascons, 1998. Ta dançar la Gasconha, Menestrèrs Gascons, Pau.

- SÉGUY Jean ; RAVIER Xavier, 1954-1973. Atlas linguistique et ethnographique de la Gascogne, 6 tomes, éditions du C.N.R.S., Paris.

- Fonds sonores ex-MNATP (MuCEM)

- Fonds sonore Pierre Corbefin – Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles Toulouse - Midi-Pyrénées

- Fonds sonore Pèire Boissière / ACPA / Archives Départementales 47 / Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles Toulouse - Midi-Pyrénées

- Fonds Joan Moreu – Junquèr d'Oc de l'Institut Occitan

- ARNAUDIN Félix. Chants populaires de la Grande-Lande et des régions voisines, réédition, Confluences (Parc naturel des Landes de Gascogne. Présentation : Jacques Boisgontier et Lothaire Mabru). Vol I : 1995, Vol II : 1997.

- BLADÉ Jean-François, 1881-83. Poésies populaires de la Gascogne, 3 vol., Maisonneuve, Paris.

Personne(s) rencontrée(s)

Jean-Pierre Dousse, danseur (33) ; Serge Guinle, danseur, formateur (40) ; Marie-Claire Laborde, musicienne de bal (40) ; Roger Gaston, musicien, administrateur ATP Marmandes (47) ; Marie-Claude Meuris, musicienne de bal (33) ; Pèire Boissière, musicien, collecteur, organisateur (47) ; Pierre Corbefin, danseur, formateur, collecteur (47).

Localisation (région, département, municipalité)

Aquitaine/Midi-Pyrénées ; Landes, Gironde, Lot-et-Garonne, Gers

Indexation : 651100 Type de danse traditionnelle

Date de la fiche d’inventaire : 26 janvier 2009
Nom de l'enquêteur ou des enquêteurs : Marie Hirigoyen, Leslie Lamothe, Patricia Heiniger
Nom du rédacteur de la fiche : Pierre Corbefin, Jean-Jacques Castéret – Mission Institut Occitan 2008-2010

N° d'inventaire Ministère Culture : 2009_67717_INV_PCI_FRANCE_00055
Identifiant ARK : ark:/67717/nvhdhrrvswvk2r4

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